Guide de la toiture
Le lexique de la toiture
Un devis de couvreur est écrit dans une langue que personne n’apprend. Voici les trente-quatre mots qui y reviennent, chacun expliqué et dessiné à sa place dans l’ouvrage.
« Dépose du couvert, reprise du liteaunage, pose d’un écran de sous-toiture, closoir ventilé en faîtage. » Chacun de ces mots est précis, aucun n’est expliqué, et l’on signe sans savoir ce que l’on achète.
Les six familles ci-dessous suivent la façon dont on regarde une maison : ce qui porte, ce qui couvre, le bas de pente, le sommet, les bords, et les points singuliers — c’est-à-dire tout ce qui interrompt la pente, et où se trouvent presque toutes les fuites.
Aucun terme ne correspond.
Ce qui porte
La charpente et son support. On ne la voit qu’une fois les tuiles déposées, et c’est elle qui décide de tout le reste.
- Charpente
-
L’ossature de bois qui porte toute la toiture : fermes, pannes et chevrons. Elle ne se voit plus une fois le toit refermé, et c’est pourtant elle qui décide si l’on peut reposer les tuiles ou s’il faut d’abord reprendre le support. Une charpente saine se reconnaît à ses lignes droites, vues depuis l’intérieur des combles.
Voir aussi chevron panne voligeage La prestation concernée
- Chevron
-
Pièce de bois posée dans le sens de la pente, du faîtage à l’égout, à intervalles réguliers. Les chevrons reposent sur les pannes et reçoivent le support de couverture. Quand un chevron a travaillé sous une fuite ancienne, il noircit et se ramollit à cœur : c’est la première chose qu’on sonde à la dépose.
- Panne
-
Poutre horizontale qui traverse la pente et sur laquelle reposent les chevrons. On distingue la panne faîtière tout en haut, les pannes intermédiaires, et la panne sablière en bas, posée sur le mur. Un affaissement visible du toit vient presque toujours d’une panne, jamais d’une tuile.
- Voligeage
-
Planches de bois jointives clouées sur les chevrons, qui forment un plancher continu sous la couverture. C’est le support traditionnel de la tuile canal dans le Midi. Le voligeage se remplace planche par planche : on ne dépose que ce qui est atteint, et l’ancien bois sain reste en place.
Voir aussi chevron liteau La prestation concernée
Ce qui couvre
Les couches posées sur la charpente, de l’écran à la tuile. C’est là que se joue l’étanchéité.
- Écran de sous-toiture
-
Membrane déroulée sur le support, sous les tuiles. C’est la seconde barrière : elle conduit vers l’égout l’eau et la neige poudreuse qui passent sous la couverture par grand vent. Beaucoup de toitures anciennes n’en ont aucun — c’est normal, et c’est ce qui explique qu’une toiture ancienne supporte mal une tramontane de travers.
Voir aussi lame d’air contre-latte La prestation concernée
- Contre-latte
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Tasseau cloué dans le sens de la pente, par-dessus l’écran et à l’aplomb des chevrons. Il ménage la lame d’air qui laisse le support respirer et sécher entre deux pluies. Sans contre-lattage, un écran posé directement sous les tuiles emprisonne l’humidité au lieu de l’évacuer.
Voir aussi lame d’air écran de sous-toiture liteau
- Liteau
-
Tasseau cloué perpendiculairement à la pente, sur les contre-lattes, et sur lequel les tuiles viennent s’accrocher. L’écartement entre deux liteaux — le liteaunage — se règle au pureau de la tuile : c’est ce réglage qui donne aux rangs leur recouvrement et leur alignement.
Voir aussi pureau contre-latte recouvrement
- Lame d’air
-
L’espace ventilé ménagé entre l’écran de sous-toiture et les tuiles par le contre-lattage. Elle entre en bas, à l’égout, et ressort en haut, au faîtage. Une lame d’air interrompue — par un nid, un sac de mortier oublié, un closoir bouché — et le bois cesse de sécher.
Voir aussi contre-latte chatière closoir
- Tuile canal
-
La tuile du Midi : un demi-cône de terre cuite, sans emboîtement ni crochet, posée par paires. C’est la couverture traditionnelle du Languedoc, et celle qu’imposent la plupart des secteurs protégés du département. Elle se pose à faible pente, et elle se réemploie — une tuile ancienne saine vaut mieux qu’une neuve.
Voir aussi courant couvert pureau La prestation concernée
- Courant
-
La tuile du dessous, posée creux vers le ciel : c’est elle qui reçoit l’eau et la conduit vers l’égout. Les courants forment les rigoles du toit. On les pose en premier, alignés sur le liteaunage, avant de venir coiffer leurs joints.
Voir aussi couvert tuile canal
- Couvert
-
La tuile du dessus, posée creux vers le sol, à cheval sur le joint de deux courants. C’est elle qu’on voit depuis la rue, et c’est elle qui donne au toit sa couleur. Sur une réfection, ce sont souvent les couverts anciens qu’on réemploie : ils portent la patine que rien ne rattrape.
Voir aussi courant tuile canal
- Recouvrement
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La longueur sur laquelle une tuile en couvre une autre, dans le sens de la pente. C’est le recouvrement qui rend un toit étanche, pas la tuile elle-même : plus la pente est faible et plus le site est exposé, plus il doit être généreux. Un recouvrement insuffisant se voit à la première pluie battante.
- Pureau
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La partie de la tuile qui reste visible une fois le rang supérieur posé — autrement dit, ce qui n’est pas recouvert. Pureau et recouvrement sont les deux faces du même réglage : augmenter l’un revient exactement à diminuer l’autre. C’est ce chiffre qui fixe l’écartement des liteaux.
Voir aussi recouvrement liteau
Le bas de pente
Où l’eau arrive, et où elle doit partir. La plupart des désordres visibles depuis le sol commencent ici.
- Égout
-
La ligne basse du toit, là où l’eau quitte la couverture. Tout ce qui tombe sur le rampant finit ici : c’est le point le plus sollicité de la toiture, et celui qu’on regarde en premier quand une tache apparaît au plafond, même si la fuite est ailleurs.
Voir aussi gouttière about larmier La prestation concernée
- Gouttière
-
Le demi-tube qui recueille l’eau à l’égout et la conduit vers la descente. Elle est dite pendante quand elle est suspendue au bord du toit par des crochets. Une gouttière qui déborde n’est pas toujours bouchée : elle peut simplement être sous-dimensionnée, ou avoir perdu sa pente.
Voir aussi crochet de gouttière descente égout La prestation concernée
- Crochet de gouttière
-
La ferrure qui tient la gouttière et lui donne sa pente. Les crochets se posent avant la gouttière, alignés au cordeau, avec une légère descente vers la naissance. Un crochet corrodé ou desserré fait plier la gouttière et crée une retenue d’eau, souvent invisible depuis le sol.
Voir aussi gouttière La prestation concernée
- Descente
-
Le tuyau vertical qui emmène l’eau de la gouttière jusqu’au sol ou au réseau. On l’appelle aussi tombée. Une descente sous-dimensionnée fait refluer la gouttière à chaque orage d’été — un événement bref mais violent, fréquent dans l’Aude, et qui met un réseau à l’épreuve plus sûrement qu’une pluie d’hiver.
Voir aussi gouttière La prestation concernée
- About
-
L’extrémité basse de la tuile, celle qui déborde dans le vide au-dessus de la gouttière. En tuile canal, les abouts dessinent la frise de demi-lunes qu’on voit depuis la rue. C’est un repère d’alignement : un rang d’abouts irrégulier trahit un liteaunage repris à la va-vite.
- Larmier
-
Le dispositif qui force l’eau à tomber dans la gouttière au lieu de revenir sous la tuile par capillarité. Il peut être une bande métallique en bas de pente, ou simplement le débord bien calculé de la tuile. Sans larmier, l’eau remonte sous la couverture et ronge le bas des chevrons.
- Chatière
-
Tuile percée qui laisse l’air entrer sous la couverture. Elle complète la ventilation basse quand l’égout ne suffit pas. Le nom vient de la forme, pas de l’usage : une chatière ne laisse pas passer un chat, et c’est heureux — elle est grillagée pour ne laisser entrer ni oiseau ni loir.
Voir aussi lame d’air closoir
Le sommet
La ligne haute et les arêtes. Très exposée au vent, c’est la première chose qui lâche dans l’Aude.
- Faîtage
-
La ligne haute où les deux pans se rejoignent, et la rangée de tuiles qui la couvre. C’est la partie la plus exposée du toit : dans l’Aude, la tramontane s’y engouffre par en dessous et soulève ce qui n’est pas tenu. Un faîtage qui bouge est la panne la plus fréquente après un coup de vent.
Voir aussi tuile faîtière closoir arêtier La prestation concernée
- Tuile faîtière
-
La tuile qui coiffe la ligne de faîtage, à cheval sur les deux pans. Elle se scellait autrefois au mortier ; on la pose aujourd’hui le plus souvent à sec, sur closoir, ce qui la rend démontable et laisse l’air sortir. Les deux méthodes se rencontrent sur le même village, parfois sur le même toit.
Voir aussi faîtage closoir scellement
- Closoir
-
La bande souple posée sous les faîtières, qui ferme le sommet du toit aux oiseaux et à la pluie tout en laissant sortir l’air de la lame d’air. C’est la pièce qui rend possible le faîtage à sec. Un closoir écrasé ou colmaté annule la ventilation haute : le toit respire par en bas et ne rejette plus rien.
Voir aussi tuile faîtière lame d’air La prestation concernée
- Arêtier
-
L’arête saillante où deux pans se rencontrent en descendant, sur un toit à quatre pentes. C’est un faîtage incliné : mêmes tuiles, mêmes contraintes de vent, mais avec en plus toutes les tuiles coupées de part et d’autre. Un arêtier mal fermé fait entrer l’eau exactement au milieu du toit.
Voir aussi faîtage noue La prestation concernée
- Scellement
-
Le mortier qui maintient une faîtière, un arêtier ou une tuile de rive. C’est la méthode traditionnelle, encore majoritaire sur les toitures anciennes du département. Le mortier travaille avec le gel et finit par se fendre : un scellement qui s’effrite se répare, il ne se rebouche pas.
Voir aussi tuile faîtière rive
Les bords
Là où le toit s’arrête sur le vide. Dans le Midi, c’est aussi là que la maçonnerie s’en mêle.
- Rive
-
Le bord latéral du toit, celui qui s’arrête au-dessus du pignon. C’est la deuxième zone la plus exposée au vent après le faîtage, parce que la tramontane vient s’y engager par le côté. Une rive se ferme au mortier, à la tuile de rive, ou par une génoise selon la maison.
Voir aussi génoise scellement La prestation concernée
- Génoise
-
La corniche de tuiles canal maçonnées en encorbellement au sommet du mur, sur un, deux ou trois rangs. C’est la signature du bâti languedocien — on la compte en rangs, et le nombre disait autrefois quelque chose du propriétaire. Elle éloigne l’eau de la façade autant qu’elle l’orne.
- Planche de rive
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La planche verticale clouée en bout de chevrons, qui ferme le débord et reçoit souvent les crochets de gouttière. Elle est en première ligne : exposée plein sud sur une façade de l’Aude, une planche de rive non protégée grise, se fend, puis lâche ses fixations.
Voir aussi gouttière crochet de gouttière
Les points singuliers
Tout ce qui interrompt la pente : une cheminée, une noue, un mur. Statistiquement, l’essentiel des fuites.
- Noue
-
L’angle rentrant où deux pans se rejoignent en creux. Toute l’eau des deux versants y converge : c’est le point le plus chargé de la toiture, et celui qui pardonne le moins. Une noue se traite au métal ou à la tuile, jamais au mastic.
Voir aussi noquet arêtier La prestation concernée
- Noquet
-
Petite pièce de métal glissée entre deux tuiles pour conduire l’eau d’un point délicat vers la couverture. On en pose le long d’une noue, contre un mur, autour d’une souche. Les noquets se recouvrent l’un l’autre comme des écailles : c’est le recouvrement qui étanche, pas la soudure.
- Souche de cheminée
-
La partie de la cheminée qui sort du toit. Elle perce la couverture, donc elle l’interrompt : c’est l’un des trois endroits — avec la noue et le raccord de mur — où l’on cherche une fuite en priorité. Une souche saine se juge au solin, pas à la brique.
Voir aussi solin bavette La prestation concernée
- Solin
-
Le raccord étanche entre la couverture et un ouvrage vertical : souche, mur, lucarne. Il peut être en mortier ou en métal. C’est la pièce la plus souvent en cause dans une fuite ancienne, parce qu’elle subit à la fois le mouvement du bâti et le ruissellement concentré du toit.
Voir aussi bande porte-solin bavette noquet La prestation concernée
- Bande porte-solin
-
Profilé métallique engagé dans une saignée du mur, qui recouvre le haut du solin et empêche l’eau de passer derrière. C’est le détail qui distingue un raccord qui tient d’un raccord qui fuira : sans engravure dans la maçonnerie, l’eau finit toujours par trouver le joint.
Voir aussi solin
- Bavette
-
La pièce métallique posée au pied aval d’une souche, qui rejette sur les tuiles l’eau descendue le long du mur. C’est le point bas du raccord, donc celui qui reçoit tout. Une bavette trop courte, qui ne déborde pas franchement sur la couverture, fait entrer l’eau sous le rang suivant.
Voir aussi solin souche de cheminée
Un mot de votre devis qui ne figure pas ici ?
Demandez-le. Un devis qu’on ne comprend pas est un devis qu’on ne devrait pas signer — et l’expliquer fait partie du travail.